Homélie de Monseigneur Celestino Migliore, 21 juin 2026
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Je remercie chaleureusement votre curé, l’abbé Côme de Jenlis, de m’avoir invité à célébrer avec vous durant le huitième centenaire du couronnement du roi Louis IX, saint patron de cette église paroissiale, et je fais miennes, avec plaisir, les salutations que le Père Côme a adressées à toutes les personnes présentes.
N’étant pas français, je n’ai pas une mémoire historique personnelle de ce pays. Mais j’entends dire et je lis que, jusqu’à il y a quelques décennies, chaque élève de l’école de la République française, dans un climat de saine laïcité, connaissait l’histoire de Saint Louis IX, roi de France.
Tous les manuels scolaires, les anciens manuels scolaires, présentaient Saint Louis ainsi : fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, né en1214 près de Paris, mort en 1270 à Carthage, canonisé en 1297 par le pape Boniface VIII.
Bâtisseur de la Sainte-Chapelle, sanctuaire artistique dédié à la vénération de la couronne d'épines du Christ. Fondateur de la Sorbonne. Juge suprême du royaume et fondateur, entre autres, du principe de la présomption d'innocence.
Il a incarné les vertus chrétiennes, aussi exigeantes et parfois inconfortables soient-elles pour ceux qui ont la charge et la responsabilité de gouverner.
Ainsi est-il présenté par les manuels scolaires, et chaque français gardait l’histoire du roi saint dans son bagage de culture nationale.
Entre-temps, les choses ont beaucoup changé et aujourd’hui, même en France, bien peu de personnes connaissent cette figure d’homme d’Etat et de saint. Il est devenu une image pieuse, une figurine, bonne surtout pour figurer dans les vitraux des basiliques.
Et pourtant, déjà quelques années après sa disparition, une église porte son nom, exactement celle qui aujourd’hui est l’église paroissiale de Garches. La première église de France et du monde à porter le nom de Saint Louis et à en perpétuer sa mémoire, même après huit siècles.
Aujourd’hui, nous nous demandons où trouver l'essentiel dans les innombrables et passionnants chapitres de sa grande aventure.
Justement dans sa vision du pouvoir.
Saint Louis a été le premier, peut-être le seul, souverain de l’histoire de France à vouloir et à savoir concilier son aspiration personnelle à la sainteté avec les inévitables exigences du pouvoir. Les manuels d’histoire le décrivaient ainsi : il a incarné les vertus humaines et chrétiennes.
Mais lesquelles ?
La charité envers les pauvres et les plus démunis, qui étaient souvent invités à sa table et qui ont été au cœur de la création d'œuvres telles que hôpitaux et hospices.
L’attention pour la culture, dans la fondation d’universités et dans la capacité de pacifier les relations difficiles entre les étudiants, souvent turbulents, et les autorités civiles.
L’horreur pour l’injustice et toute forme de mal.
La conscience qu'il incombe au roi, à titre absolu, d'incarner la justice et de se mettre à la disposition du peuple en tant qu'instance de dernier recours contre les abus des puissants. Il est connu pour être un roi juste et prudent, au point de mériter le surnom de « prud’homme », c'est-à-dire d'homme sage.
Défenseur de son propre peuple, tout en œuvrant aussi avec justice en politique extérieure. Sa préoccupation majeure est de pacifier, réconcilier les ennemis et éteindre les conflits, particulièrement celui entre la France et l’Angleterre. Justement, Louis restitua à son éternel rival anglais quelques territoires conquis par son grand-père, le roi Philippe Auguste.
Cette restitution fut une source de scandale à Paris, scandale et incompréhension pour ce geste de faiblesse apparente. Le roi Louis répondit sans se laisser déconcerter par les accusations des notables : « La terre que je cède maintenant, je ne la cède pas par faiblesse et certainement pas par soumission. Non, je la cède pour construire un avenir de paix et d’amour entre nos fils de France et les fils d’Angleterre, leurs cousins ».
Il est bon de revenir sur ces déclarations dans le contexte de la vie internationale d'aujourd'hui, même si la figure du roi n'est plus à la mode. Il est nécessaire et urgent de se le rappeler et de l’exiger de ceux qui tiennent les rênes du monde, comme le fait le Pape Léon XIV. Nous l’avons vu, notamment, dans ses récents voyages en Afrique et en Espagne, et bientôt en France. Un journaliste a récemment écrit : « Le Pape Léon est un lion qui sait quand il faut rugir ».
Il est bon de revenir à la sagesse de Saint Louis, même pour nous qui n’avons pas la responsabilité et la capacité d’intervenir directement sur la destinée du monde. Mais nous avons tous un rôle important dans la construction de la cohésion familiale et de la communauté sociale dans laquelle nous sommes insérés.
Les symboles qui représentent Saint Louis dans les statues et les tableaux sont : la croix, la main de la justice et la ceinture des tertiaires franciscains, dont il est le Saint Patron. En fait, il est le patron de l’Ordre Franciscain Séculier. Il est singulier que l’Ordre de Saint François, né sous le signe de la pauvreté et de la minorité, ait comme patrons du Tiers Ordre deux souverains : Saint Louis IX et Sainte Elisabeth de Hongrie. Ce n’est pas un hasard, mais le signe que ce n’est pas tant la possession de la richesse et du pouvoir qui éloignent de la sainteté, mais l’usage qui en est fait.
Chez Saint Louis, la parole de Jésus dans l’évangile de ce matin s’est réalisée : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux ».
C’est la joie, la gratitude et le courage de la foi chrétienne, auxquels le Pape Léon nous a appelé ces jours-ci. Il nous encourage, nous les chrétiens, à tenir notre place dans la société de manière digne, humble, mais non effacée.
Ce matin, demandons ce don au Seigneur, par l’intercession de Saint Louis IX.




